Nous poursuivons notre voyage au pays où rosé rime avec grandes cuvées.
À La Londe-les-Maures encore, quand la Symphonie devient Fantastique
Décidemment, les super hauts de gamme sont en vogue ! Au Château Sainte Marguerite, Fantastique, une nouvelle cuvée affine encore la déjà belle expression de le cuvée Symphonie. Ce rosé est le résultat d’une sélection à la fois gourmande et élégante de 150 hl pris au sein des 3.000 hl de Symphonie. Elle assemble les jus issus de vieilles vignes de Grenache, de Cinsault et d’un peu de Rolle.
Fantastique 2017 Cru Classé Côtes de Provence La Londe Château Sainte Marguerite
Une robe hyper pâle, un nez délicatement fruité avec des impressions iodées. Mais c’est la bouche qui surprend vraiment. La saveur du fruit apporte tout de go une impression de plénitude, l’onctuosité porteuse de douceur sans être sucrée booste la jouissance qu’on éprouve. Puis, l’on revient un peu sur terre pour tenter de détailler les notes aromatiques, ce qui est bien difficile. Elles interagissent l’une avec l’autre offrant une perception globale où se reconnaissent par intermittence quelques agrumes, des fruits rouges et blancs, soutenus par une salinité délectable. Bref, on a l’impression de se fondre dans la fraîcheur fruitée du rosé.
Réflexion : je me posais la question de la différence entre les rosés hauts de gamme d’il y a quelques années, je les trouvais certes élégants, mais aussi austères, minéraux à souhait avec un envol floral et un fruit peu affirmé, par rapport aux actuels qui sont gourmands et raffinés. Olivier Fayard apporte une réponse : « il y a certes une évolution des rosés hauts de gamme, à l’époque, on voulait surtout contrer les rosés amyliques en prenant le contrepied du minéral et de l’agrume. Aujourd’hui, on garde ce fond, mais on y ajoute du fruit, un équilibre plus harmonieux, un rosé qu’on a envie de boire. Pour y arriver, il faut de 10 à 15% de Rolle qui renforce l’élégance, un Cinsault bien mûr pour le fruité et un Grenache pas trop mûr, mais qui garde de la rondeur, vendangés la nuit, suivi d’une macération plus importante à froid pour apporter du goût, de la rondeur tout en évitant la couleur ». Un de mes plus beaux moments de dégustation.
www.chateausaintemarguerite.com
Un haut de gamme et c’est tout !
Le rosé du Clos Mireille à La Londe m’avait particulièrement plu (et pas qu’à moi) lors d’une dégustation à Paris. C’est donc avec bonheur que je l’ai dégusté à nouveau à La Londe. Clos Mireille 2017 Côtes de Provence la robe claire nuancé d’abricot comme le nez qui ajoutent des impressions d’agrumes et quelques fleurs d’amandier et d’oranger. La bouche onctueuse développe des arômes de fruits jaunes et blancs qui se déclinent en de jolis jus frais, mais tout en notes délicates et d’une agréable fluidité qui donne un caractère aérien au vin. La finale se sale et se mélange d’épices, poivre, cumin, fenugrec qui fait saliver tout en exigeant une nouvelle gorgée.

Christian Ott nous en parle : « le plus important, c’est la date de vendange, il faut être dans le vignoble, si le raisin est déjà bon à manger, c’est trop tard. Ensuite, le pressurage le matin des grappes entières laissées en chambre réfrigérée, les rafles servent de drain et on peut mieux ajuster la pressée qui doit être douce, elle dure 7h. L’élevage se fait sur lies. Première mise en février. Quant au SO2, on en met 60g avec 20g de libre ». Assemblage de 60% de Grenache, 20% de Cinsault, 12% de Syrah et 8% de Rolle.
Quelques belles cuvées
Le Château Rasque à Taradeau, propose 3 cuvées, ma préférence va à la cuvée Alexandra 2017 Côtes de Provence faite de Grenache et de Cinsault, robe saumon pâle, au nez de framboise et groseille, de pêche blanche et de citron vert. Une élégance que l’on retrouve en bouche. Aérienne, celle-ci n’oublie pas la gourmandise et le croquant d’une poire qui vient compléter les fruits rouges, mais ajoute aussi de l’onctuosité. La saveur subtilement amère de la réglisse renforce la fraîcheur de ce rosé qui macère 5 heures à basse température.

Le Clos de Madame à la robe plus prononcée, issue de 85% de Syrah complétée de Rolle, au goût délicat de fraise des bois, cassis et framboise, mais à la structure plus importante est certes plus complexe, mais à attendre 1 ou 2 ans avant d’en savourer toute la complexité.
Au Château L’Aumérade à Pierrefeu-du-Var, si la Cuvée Marie Christine dont l’élégance raffinée plaît beaucoup, je lui ai préféré la

Cuvée Seigneur de Piegros 2017 Côtes de Provence Cru Classé dont le pourpoint pétale de rose hume le vétiver, la camomille romaine, le poivre blanc, la poire, auxquelles s’ajoute un accent iodé qui renforce son caractère. La bouche onctueuse et saline se pourvoit de notes coquines de groseille et de fraise mêlant puissance retenue et rondeur buccale, n’oubliant ni fraîcheur, ni longueur. Cette cuvée est un peu le pendant masculin de la première plus croquante et rafraîchie de menthe poivrée avec un soupçon de cannelle. Assemblage de 56% de Cinsault, 36% de Grenache et 8% de Syrah pour Piegros et 42% de Cinsault, 34% de Grenache et 24% de Syrah pour Marie-Christine.
Au Château La Gordonne à Pierrefeu-du-Var, le rosé Vérité du Terroir paît d’emblée par ses arômes d’orange sanguine rafraîchis par les zestes de l’agrume.

Mais, La Chapelle Gordonne 2017 Côtes de Provence la surpasse en élégance. Couleur pétale de rose, elle respire le citron jaune, la verveine, la fraise et l’abricot. En bouche, ce rosé très croquant offre des agrumes oubliant le pamplemousse pour préférer le cédrat et le kumquat, les baies rouges viennent après, puis le charnu des fruits jaunes. Le tout épicé de poivre et de cardamome qui se décèlent plus sensiblement sur la belle longueur. Assemblage de Grenache, Syrah et Cinsault.

Tout à l’opposé, Raimond de Villeneuve au Château de Roquefort à Roquefort-la-Bédoule préfère élaborer un rosé au ton prononcé qu’il nomme Corail. Ce n’est ni un entrée de gamme, ni un haut de gamme, c’est une gamme à lui tout seul. Chaque moment, chaque ambiance lui convient, été comme hiver. Couleur corail, le nez épicé au léger fumé, une pointe de Cayenne adoucie par un bouton de rose qui rappelle les loukoums. Vineux, croquant, il a l’onctuosité de la gelée de groseille, le gras de la pâte d’amande, tout en gardant une grande fraîcheur. Le sol calcaire, l’altitude de 350 m et l’exposition N et NO y sont pour beaucoup. Assemblage de 50% de Carignan, 20% de Cinsault et de Grenache, 10% de Clairette

La coopération n’est pas en reste
Au Cellier Saint Sidoine,à Puget Ville, le rosé représente 92% des volumes produits. Il est logique que la cave propose une variété de rosés dont la cuvée Elite représente le fleuron, du moins à mes yeux ou plutôt mes papilles. Le directeur Remi Medarian est moins strict et préfère parler de rosé à déguster selon les moments, « chez nous, on parle du rosé comme d’un grand vin, parce qu’on peut faire nombre d’assemblages grâce à nos 11 terroirs différents et nos 12 cépages, rechercher plus le minéral ou le fruit ou la salinité, rechercher le gras, l’élégance mais en gardant en tête le plus important : l’équilibre ».

Elite 2017 Côtes de Provence saumon pâle avec une pointe de violet, des notes d’iode, de pamplemousse suggéré, de fraise et de pêche blanche. Beaucoup de saveurs en bouche, ample et sapide, avec un éclat minéral. Côté agrume, le cédrat et le kumquat dominent, côtés fruits rouges, groseille et framboise font la paire. Le fruité dessine des arabesques juteuses sur la texture onctueuse du vin. Assemblage de Grenache, Syrah, Rolle et Mourvèdre en ordre décroissant.
Et pour finir en beauté
Sans finir Et Cae-Terra du Château Barbanau à Roquefort-la-Bédoule semble tout indiqué. Sophie Cerciello et Didier Simonini aiment emporter cette cuvée dans leurs différents périples en Afrique, le rosé ‘bien foutu’ ça tient sous tous les climats. Mais c’est aussi une petite partie de chez eux qu’on photographie à la façon d’Amélie Poulain et qu’on laisse au guide en guise de remerciement et de découverte d’un autre continent. Didier me montre la parcelle où poussent les raisins de la cuvée, « cette parcelle, on l’a isolée à un moment, ils donnent toujours bon ces vieux Grenache à côté de la maison, ils ne souffrent jamais du sec dans les éboulis calcaires, ils sont proches de la source qui sourd un peu plus bas ».

Et Cae-Terra 2017 Côtes de Provence saumon pâle à reflets dorés, un nez de fleurs blanches et de fruits rouges, mais c’est surtout la bouche qui ensorcelle par la fraîcheur du fruit. On y retrouve de l’abricot, de la pêche avec de l’ananas et des agrumes qui avivent légèrement les chairs onctueuses, mandarine, kumquat, cédrat, jus et zeste pour l’accent amer qui fait saliver. Puis, on retrouve l’impression sucrée du fruit, sans doute le charnu de l’abricot avec la petite vivacité du noyau. Assemblage de 90% de Grenache et 10% de Syrah. Culture biologique.

C’est un autre monde, celui du raffinement, de la saveur du fruit, de sa fraîcheur aussi, un univers fait d’onctuosité, de charme, de légèreté, de succulence, d’harmonie.
Et quand on parle des sens, le rosé offre cet incroyable toucher buccal qui mène parfois à l’ectase.
Monsieur Rosé
