Divers rosés d’hiver

Qui dit rosé pense à l’été, au ciel bleu, au son des cigales ou au clapotis des vagues.
Mais nous avons décidé, non de prolonger l’été, mais de vous montrer que le rosé s’adapte aussi aux plats et aux ambiances d’hiver.

Via Caritatis Lux de Caelo Abbaye du Barroux Ventoux rosé

Je m’attarde rarement sur la robe d’un vin; car elle ne me semble pas un indicateur très pertinent. Mais là, je ferai une exception: celle-ci est dense et brillante, évoquant la cerise mais avec des reflets dorés. La cerise, on la retrouve au nez ainsi que la framboise, la pêche et la rose thé; désolé pour ceux qui pensent que le nez n’a pas d’importance, mais pour moi, c’est la vitrine du vin, et là, la vitrine vous donne envie de pousser la porte.

Mais la bouche n’est pas moins intéressante; la première impression s’appelle légèreté; mais rapidement, ça se corse – ou plutôt, ça se vaucluse. En musique, il y a des montées chromatiques; ici, c’est une montée aromatique (poivre, encens, sous bois); voici ce que notre panel en a dit: «Un toucher aussi fin que du crêpe de Chine»«Quelle subtilité!». «C’est plus léger que l’air». Et je dirai même plus: «La Grâce».

Pas étonnant, pour un vin de moines bénédictins, dont certaines cuvées (donyt celle-ci) déclinent la notion de lumière céleste. Notion aussi mystérieuse que l’assemblage de ce vin, impénétrable.

Et côté accords, pourquoi ne pas oser une daube?

16,20 euros sur le site de l’Abbaye.

www.via-caritatis.com

Domaine La Suffrène Sainte-Catherine Bandol 2017

On file plus au Sud, et plus près de la Grande Bleue, à Bandol.
Pour y sentir, plus que les embruns, les parfums de la rose, de l’anis et de l’estragon. La bouche ajoute des fruits rouges, une fugace note pétrolée, et surtout une superbe texture – grasse et sapide, mais aussi légèrement tannique. Bref, un vin complet mais pas compliqué. Et notez, s’il vous plaît, son âge: 6 ans révolus…
Nos amis gastronomes le verraient bien sur une salade de rouget aux artichauts ou une lotte au poivre.

Cette cuvée parcellaire est issue de mourvèdre (à 90%) et de vieux carignan, au lieu-dit Sainte-Catherine; un terroir caillouteux alliant grès calcaires et argiles.

25 euros sur le site du domaine.

Bandol Bastide Blanche Cuvé Estagnol 2020

Un deuxième Bandol, une deuxième expression.
Celle qui nous est venue immédiatement à l’esprit nous rappelle une vieille pub:
«C’est bon comme là-bas!». Ceci, à cause des épices t-shirt fleurent bon la Méditerranée – immortelle, fenouil, romarin.

On les retrouve en bouche, apportant relief et fraîcheur. Une bouche élégante qui hésite entre et confort et dynamique – où plutôt c’est nous qui hésitons, mais pas très longtemps, car la finale saline achève de nous convaincre. Bref, ce vin trouvera sa place au bar. Non au bar de la plage, entre les paillotes; mais autour d’un bar au fenouil.

La Bastide Blanche, à Sainte-Anne du Castellet, propose du Badol dans les trois couleurs, dont cette cuvée qui assemble mourvèdre, grenache noir, cinsault, clairette et ugni blanc.

17,5 euros sur le site du producteur.

www.bastide-blanche.fr/

Le « problème » du rosé…

Trois vins, cela n’est pas représentatif, me direz-vous. Mais je pourrais y ajouter quelques belles surprises récentes; un Gris de Reuilly 2011, commenté ici récemment. Et puis, un Château Ksara Sunset 2017, rapporté du Liban en 2019, et oublié en cave, puis redécouvert pour les fêtes – une teinte à peine ambrée, un festival d’épices douces au nez, une belle vinosité, le plaisir du souvenir bien sûr, mais aussi celui des papilles étonnées par la bonne conservation du vin (un assemblage de cabernet franc et de syrah).

Alors, je me dis que le « problème » du rosé, ce n’est pas tant qu’il ne puisse pas passer l’été, mais plutôt qu’on ne lui en laisse pas le temps.

Pour Monsieur Rosé, Hervé Lalau

Publié par Les5duvin

5 journalistes parlent du vin

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