«Les meilleurs rosés du monde», qu’ils disaient…


Il faut être fier de ses vins, quand on est vigneron.

Et il faut être fier de son client, quand on est une agence de presse.

Toutefois, il faut raison garder. Et ne pas se prendre pour le nombril du monde. Or, à lire le communiqué que j’ai reçu avant-hier, ce nombril est en Provence, au moins pour le rosé.

Si c’est eux qui le disent…

«Les meilleurs rosés du monde» – voila qui ne laisse pas la place au doute. Juste à une bonne dose de vanité. Ou faut-il parler de galéjade?

Et pourtant, des doutes, j’en ai.

Qu’est-ce qui permet aux RP des producteurs de rosés de Provence d’affirmer qu’ils sont les meilleurs du monde? Un sondage auprès de 2.000 consommateurs de 100 pays? Un panel d’oenologues toulonnais? Ou juste l’avis autorisé de la clientèle du Café Panis, à Cogolin?

En tout cas, ce ne sont pas leurs chiffres de vente, car depuis pas mal de temps, leurs voisins languedociens écoulent plus de rosé qu’eux, notamment en IGP Pays d’Oc.

Et n’oublions pas le Val de Loire! Vu que l’AOC Cabernet d’Anjou, avec ses quelque 43 millions de bouteilles vendues, reste un des ténors de la production de rosé en France.

Et puis, comment ne pas évoquer Tavel, en vallée du Rhône?

Au fait, il n’y a pas que la France – laissons, si vous le voulez bien, une place aux rosés d’Italie (Puglia, Bardolino…), de Californie (le blush), d’Espagne (Navarra…), de Suisse (Neuchâtel…), du Maroc (Boulaouane) ou encore du Liban. Sans oublier la Tunisie (sans doute le pays où la part du rosé dans la production nationale est la plus élevée au monde)…

Meilleur que quoi?

Comment peut-on comparer tous ces types de rosés, secs ou doux, pâles ou colorés, frais ou solaires, du Nord ou du Sud? Il en faut pour tous les goûts! Alors, prétendre qu’une seule origine, à savoir la Provence, produit obligatoirement les meilleurs, pour moi, ça ne tient pas la route.

Car s’il y a d’excellents rosés en Provence, il y en a aussi de moins bons, de médiocres et de franchement mauvais. Comme partout. On me rétorquera que ce n’est pas le genre de choses qu’on peut écrire dans un communiqué de presse, où l’on doit forcément attirer l’attention sur les points positifs de son client. Certes, mais trop n’en faut!

Bref, le titre de ce communiqué m’a tellement agacé que je n’en ai pas poursuivi la lecture. Dommage.

Hervé Lalau

Publié par Les5duvin

5 journalistes parlent du vin

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