Ce domaine de 40 ha se situe sur la commune de Rians, tout au nord-est des Coteaux d’Aix. Cette cuvée Classic assemble 70% de Cinsault et 30% de Grenache qui poussent dans un sol de colluvions calcaires à matrice argileuse. La parcelle est exposée plein sud, mais à 400 m d’altitude et protégée au nord par la barrière rocheuse de la montagne de Vautubière. La vendange se fait la nuit et est pressée dans la foulée. Les jus sont laissés sur bourbes à basse température, puis débourbé clair et fermentés. L’élevage se fait en cuve. Filtration légère à la mise.
Ce 2016 d’un rose pâle, nous offre un nez floral qui nous charme par ses parfums de fleurs d’amandier et de genêt, suivis de fragrances de melon Cavaillon et de grains de grenade. La bouche fraîche apparaît suave avec ses notes douces de gelées de fraise et de framboise, de miel de thym et de fleur d’oranger. Un développement aromatique qui lui confère à la fois élégance et caractère à l’esprit bien rafraîchi par des jus acidulés où les agrumes règnent, juste nuancés du croquant de la groseille blanche. Un rosé convivial.
Vous pouvez bien dire ce que vous voulez sur la couleur du rosé (et nous l’avons fait!). Que le rosé pâle n’est pas plus léger en alcool que le moins pâle, que le passage au charbon peut enlever du goût au vin, qu’il n’y a pas de supériorité d’une teinte sur une autre, que la teinte ne donne guère d’indication sur les arômes du vin, bref, vous pouvez pisser dans un violon, ou même dans la cuve, pour La Vigne – le plus lu des magazines destinés au producteurs de vin en France, la cause est entendue: le rosé pâle, c’est le Graal.
Mais qui décide ce ce que « veut » le consommateur, de ce qu’il « aime », de ce qu’il « préfère », de ce entre quoi on lui donne le droit de choisir? Pas nous, bien sûr, et ce n’est pas notre rôle. Mais est-ce celui des sommeliers, alors? Des interprofessions? Des bureaux de sondages? Des acheteurs de la GD? Des cavistes? Des oenologues? Des fabricants de produits oenologiques? De La Vigne?
Nous poursuivons notre voyage au pays où rosé rime avec grandes cuvées.
À La Londe-les-Maures encore, quand la
Symphonie devient Fantastique
Décidemment,
les super hauts de gamme sont en vogue ! Au Château Sainte Marguerite,Fantastique, une nouvelle cuvée
affine encore la déjà belle expression de le cuvée Symphonie. Ce rosé est le
résultat d’une sélection à la fois gourmande et élégante de 150 hl pris au sein
des 3.000 hl de Symphonie. Elle assemble les jus issus de vieilles vignes de
Grenache, de Cinsault et d’un peu de Rolle.
Fantastique 2017 Cru Classé Côtes de Provence La
Londe Château Sainte Marguerite
Une robe
hyper pâle, un nez délicatement fruité avec des impressions iodées. Mais c’est
la bouche qui surprend vraiment. La saveur du fruit apporte tout de go une
impression de plénitude, l’onctuosité porteuse de douceur sans être sucrée booste
la jouissance qu’on éprouve. Puis, l’on revient un peu sur terre pour tenter de
détailler les notes aromatiques, ce qui est bien difficile. Elles interagissent
l’une avec l’autre offrant une perception globale où se reconnaissent par
intermittence quelques agrumes, des fruits rouges et blancs, soutenus par une
salinité délectable. Bref, on a l’impression de se fondre dans la fraîcheur
fruitée du rosé.
Réflexion :
je me posais la question de la différence entre les rosés hauts de gamme d’il y
a quelques années, je les trouvais certes élégants, mais aussi austères,
minéraux à souhait avec un envol floral et un fruit peu affirmé, par rapport
aux actuels qui sont gourmands et raffinés. Olivier Fayard apporte une
réponse : « il y a certes une évolution des rosés hauts de gamme, à
l’époque, on voulait surtout contrer les rosés amyliques en prenant le
contrepied du minéral et de l’agrume. Aujourd’hui, on garde ce fond, mais on y
ajoute du fruit, un équilibre plus harmonieux, un rosé qu’on a envie de boire. Pour
y arriver, il faut de 10 à 15% de Rolle qui renforce l’élégance, un Cinsault
bien mûr pour le fruité et un Grenache pas trop mûr, mais qui garde de la
rondeur, vendangés la nuit, suivi d’une macération plus importante à froid pour
apporter du goût, de la rondeur tout en évitant la couleur ». Un de mes
plus beaux moments de dégustation.
Le rosé
du Clos Mireille à La Londe m’avait
particulièrement plu (et pas qu’à moi) lors d’une dégustation à Paris. C’est
donc avec bonheur que je l’ai dégusté à nouveau à La Londe. Clos Mireille 2017 Côtes de Provence la
robe claire nuancé d’abricot comme le nez qui ajoutent des impressions
d’agrumes et quelques fleurs d’amandier et d’oranger. La bouche onctueuse
développe des arômes de fruits jaunes et blancs qui se déclinent en de jolis
jus frais, mais tout en notes délicates et d’une agréable fluidité qui donne un
caractère aérien au vin. La finale se sale et se mélange d’épices, poivre,
cumin, fenugrec qui fait saliver tout en exigeant une nouvelle gorgée.
Christian
Ott nous en parle : « le plus
important, c’est la date de vendange, il faut être dans le vignoble, si le
raisin est déjà bon à manger, c’est trop tard. Ensuite, le pressurage le matin
des grappes entières laissées en chambre réfrigérée, les rafles servent de
drain et on peut mieux ajuster la pressée qui doit être douce, elle dure 7h.
L’élevage se fait sur lies. Première mise en février. Quant au SO2,
on en met 60g avec 20g de libre ». Assemblage de 60% de Grenache, 20%
de Cinsault, 12% de Syrah et 8% de Rolle.
Le Château Rasque à Taradeau, propose 3
cuvées, ma préférence va à la cuvée Alexandra
2017Côtes de Provence faite de
Grenache et de Cinsault, robe saumon pâle, au nez de framboise et groseille, de
pêche blanche et de citron vert. Une élégance que l’on retrouve en bouche.
Aérienne, celle-ci n’oublie pas la gourmandise et le croquant d’une poire qui
vient compléter les fruits rouges, mais ajoute aussi de l’onctuosité. La saveur
subtilement amère de la réglisse renforce la fraîcheur de ce rosé qui macère 5
heures à basse température.
Le Clos
de Madame à la robe plus prononcée, issue de 85% de Syrah complétée de
Rolle, au goût délicat de fraise des bois, cassis et framboise, mais à la
structure plus importante est certes plus complexe, mais à attendre 1 ou 2 ans
avant d’en savourer toute la complexité.
Au Château L’Aumérade à Pierrefeu-du-Var, si laCuvée Marie Christinedont l’élégance raffinée plaît beaucoup, je lui ai préféré la
Cuvée Seigneur de Piegros2017 Côtes de Provence Cru Classé dont le pourpoint pétale de rose hume le vétiver, la camomille romaine, le poivre blanc, la poire, auxquelles s’ajoute un accent iodé qui renforce son caractère. La bouche onctueuse et saline se pourvoit de notes coquines de groseille et de fraise mêlant puissance retenue et rondeur buccale, n’oubliant ni fraîcheur, ni longueur. Cette cuvée est un peu le pendant masculin de la première plus croquante et rafraîchie de menthe poivrée avec un soupçon de cannelle. Assemblage de 56% de Cinsault, 36% de Grenache et 8% de Syrah pour Piegros et 42% de Cinsault, 34% de Grenache et 24% de Syrah pour Marie-Christine.
Au Château La Gordonneà Pierrefeu-du-Var, le rosé Vérité du Terroir paît d’emblée par ses arômes d’orange sanguine rafraîchis par les zestes de l’agrume.
Mais, LaChapelle Gordonne 2017 Côtes de Provence la surpasse en élégance. Couleur pétale de rose, elle respire le citron jaune, la verveine, la fraise et l’abricot. En bouche, ce rosé très croquant offre des agrumes oubliant le pamplemousse pour préférer le cédrat et le kumquat, les baies rouges viennent après, puis le charnu des fruits jaunes. Le tout épicé de poivre et de cardamome qui se décèlent plus sensiblement sur la belle longueur. Assemblage de Grenache, Syrah et Cinsault.
Tout à l’opposé, Raimond de Villeneuve au Château de Roquefort à Roquefort-la-Bédoule préfère élaborer un rosé au ton prononcé qu’il nomme Corail. Ce n’est ni un entrée de gamme, ni un haut de gamme, c’est une gamme à lui tout seul. Chaque moment, chaque ambiance lui convient, été comme hiver. Couleur corail, le nez épicé au léger fumé, une pointe de Cayenne adoucie par un bouton de rose qui rappelle les loukoums. Vineux, croquant, il a l’onctuosité de la gelée de groseille, le gras de la pâte d’amande, tout en gardant une grande fraîcheur. Le sol calcaire, l’altitude de 350 m et l’exposition N et NO y sont pour beaucoup. Assemblage de 50% de Carignan, 20% de Cinsault et de Grenache, 10% de Clairette
Au Cellier Saint Sidoine,à Puget Ville, le rosé représente 92% des volumes produits. Il est logique que la cave propose une variété de rosés dont la cuvée Elite représente le fleuron, du moins à mes yeux ou plutôt mes papilles. Le directeur Remi Medarian est moins strict et préfère parler de rosé à déguster selon les moments, « chez nous, on parle du rosé comme d’un grand vin, parce qu’on peut faire nombre d’assemblages grâce à nos 11 terroirs différents et nos 12 cépages, rechercher plus le minéral ou le fruit ou la salinité, rechercher le gras, l’élégance mais en gardant en tête le plus important : l’équilibre ».
Elite 2017 Côtes de Provence saumon pâle avec une pointe de violet, des notes d’iode, de pamplemousse suggéré, de fraise et de pêche blanche. Beaucoup de saveurs en bouche, ample et sapide, avec un éclat minéral. Côté agrume, le cédrat et le kumquat dominent, côtés fruits rouges, groseille et framboise font la paire. Le fruité dessine des arabesques juteuses sur la texture onctueuse du vin. Assemblage de Grenache, Syrah, Rolle et Mourvèdre en ordre décroissant.
Sans
finir Et Cae-Terra du Château Barbanau à
Roquefort-la-Bédoule semble tout indiqué.
SophieCerciello et Didier Simonini aiment emporter cette cuvée dans leurs différents
périples en Afrique, le rosé ‘bien foutu’ ça tient sous tous les climats. Mais
c’est aussi une petite partie de chez eux qu’on photographie à la façon
d’Amélie Poulain et qu’on laisse au guide en guise de remerciement et de
découverte d’un autre continent. Didier me montre la parcelle où poussent les
raisins de la cuvée, « cette
parcelle, on l’a isolée à un moment, ils donnent toujours bon ces vieux
Grenache à côté de la maison, ils ne souffrent jamais du sec dans les éboulis
calcaires, ils sont proches de la source qui sourd un peu plus bas ».
Et Cae-Terra 2017 Côtes de Provence saumon pâle à reflets
dorés, un nez de fleurs blanches et de fruits rouges, mais c’est surtout la
bouche qui ensorcelle par la fraîcheur du fruit. On y retrouve de l’abricot, de
la pêche avec de l’ananas et des agrumes qui avivent légèrement les chairs
onctueuses, mandarine, kumquat, cédrat, jus et zeste pour l’accent amer qui
fait saliver. Puis, on retrouve l’impression sucrée du fruit, sans doute le
charnu de l’abricot avec la petite vivacité du noyau. Assemblage de 90% de
Grenache et 10% de Syrah. Culture biologique.
C’est un
autre monde, celui du raffinement, de la saveur du fruit, de sa fraîcheur
aussi, un univers fait d’onctuosité, de charme, de légèreté, de succulence,
d’harmonie.
Et quand on parle des sens, le rosé offre cet incroyable toucher buccal qui mène parfois à l’ectase.
Petite sélection des vins dégustés lors de la présentation annuelle des rosés de Provence du millésime 2018.
Généralités
Par rapport au millésime précédent, les rosés 2018 adoptent une variation de couleurs autour de l’oranger, camaïeu qui va de l’abricot clair au blanc jaune en passant par le saumon pâle. Pas de pointe violette légère, ni de pétale de rose, comme c’était le cas l’an dernier. Le climat chaud a engendré une maturité plus importante avec comme conséquence des tons plus chauds et une fraîcheur plus difficile à trouver. Mais il y a tout de même quelques beaux rosés qu’on aura plaisir à boire.
Les Côtes-de-Provence
Et Cae Terra 2018 Château Barbanau à Roquefort La Bédoule
Doré pâle aux nuances saumon. Croquant, presque crispy, à la texture onctueuse et la fraîcheur du fruit. Ce dernier bien épicé court sur un grain minéral qui renforce structure et fraîcheur. Longueur épicée.
Divitis Les Caves du Commandeurs 2018 à Montfort-sur-Argens
Doré rose, nez et bouche délicats aux notes d’épices et aux nuances florales, suivi de la gourmandise du fuit, pêche, abricot et melon. Fraîcheur d’agrumes.
Un exemple qui montre que les caves coopératives peuvent aussi maîtriser le sujet rosé.
Exemple confirmé par cette autre coopérative qui aime d’ailleurs présenter des millésimes un peu plus vieux comme sa cuvée Légende.
Saumon pâle, il offre tout de go un joli fruité qui aligne fruit blanc et jaune, poire et abricot, pomme croquante et mangue, paré d’une feuille de menthe qui renforce la fraîcheur. Longueur au goût de fruits acidulés.
Saumon pâle, au nez subtil d’agrume, orange sanguine et cédrat, la bouche un rien salée qui conforte la fraîcheur fruitée, comme l’élan épicé de curcuma et de fenugrec. La longueur nous retrace le chemin à l’envers des épices aux agrumes.
Jaune oranger pâle, au nez joliment fruité et poudré de poivre et de curcuma, la saveur de l’abricot et du melon en bouche, saveur qui enchante les papilles et colore avec raffinement la texture onctueuse. Longueur fraîche aux notes de fruits acidulés et épicés.
Saumon à l’écaille dorée, du fruit croquant d’entrée de bouche, léger pamplemousse qui rehausse les chairs du melon et de la mangue, puis arrive la douceur de l’abricot qui dont le velouté séduit et le parfum enchante. Un brin de lavande ajoute sa note florale et dont la légère amertume vient renforcer la fraîcheur.
Sainte-Victoire 2018 Domaine de Jacourette à Pourrières
L’exception pour cette dégustation, un rosé rose comme un délicat pétale de rose, qui hume la fleur y ajoutant du jasmin et une pincée d’épices. La bouche croquante et onctueuse à la fois se macule de jus de groseille et de framboise, puis mord dans les chairs suaves de la poire et de l’abricot. Structure légère, presque aérienne, mais sans manquer de caractère, elle s’appuie sur une tension minérale pourvoyeuse de fraîcheur.
Saumon pâle, une structure plutôt ferme qui le désigne d’emblée comme un rosé de repas, son assise minérale confirme la première impression, quelques fruits rouges se mélangent à l’abondance de fruit jaunes, l’accent épicé relève bien les jus et génère cette sapidité qui nous fait saliver et donne envie tout de go d’une gorgée supplémentaire.
Saumon pâle, très frais et croquant avec certes une pointe de gaz carbonique qui renforce la fraîcheur, mais un joli fruité qui nous parle d’agrume, mandarine et orange sanguine, de la pulpe douce au toucher de l’abricot.
Prestige 2018 Domaine de la Sanglière à Bormes-les-Mimosas
Saumon très pâle, croquant certes, mais qui avouait plus son potentiel lors de la dégustation qu’une envolée fruitée, cette dernière ne manquera pas d’animer les palais bien avant l’été. À souligner, les notes salines et iodées qui dopent la fraîcheur.
Rose tendre, joli jus bien frais avec une matière assez dense bien équilibrée par une envolée florale, bref un rosé élégant non dénué de caractère, avec pour nous séduire quelques arômes de pêche de vigne et d’orange sanguine. Longueur épicée.
Bois des Fées 2018 Domaine Tour Campanets à Le Puy-Sainte-Réparade
Couleur pétale de rose, bouche bien rafraîchie par le léger dégagement gazeux qui affine les perceptions de framboise, de groseille et de fraise, soutenues par un relief minéral perceptible. Longueur épicée.
L’Oratoire Saint Andrieu 2018 Domaine Saint Andrieu à Correns
Saumon pâle, nez poivré qui souligne les fruits rouges, du croquant en bouche qui mordille la pulpe des fraises et groseilles au contour bien dessiné, le jus qui s’en écoule apporte une fraîcheur presque intense.
Voilà de quoi entamer la belle saison et nos envies de couleurs tendres et rafraichissantes, mais avant de nous quitter…
Minute papillon…
Si on me demande s’il y avait du Minuty, rosé très tendance, je dis oui, Rose et Or, mais pas retenu dans ma sélection pour cause de thiol excessif et de manque de complexité, un rosé beaucoup trop simple pour un tel domaine, qui coûte tout de même 22€ départ cave et qui en plus, n’est pas un vin de négoce comme le M de Minuty, mais issu des vignes du domaine.
J’ai toujours beaucoup aimé le Château Malherbe. Quand je l’ai connu, c’était Madame Ferrari qui en tenait les rênes. Comme elle a laissé la gestion du domaine à son fils Sébastien en 2007, j’en conclus que je ne l’ai plus visité depuis belle lurette.
Flashback
Récemment, j’en ai reçu deux bouteilles, un blanc, un rosé, alors j’avais très envie de les déguster, pour voir ce qu’il en était aujourd’hui.
La première gorgée m’a fait plonger dans mes souvenirs. Déguster sous l’œil bienveillant mais vigilant de Mireille Ferrari, c’était quelque chose.
Elle me disait « quand vous aurez fini de déguster, vous mangerez le petit quelque chose que je vous ai fait préparer ». Et la collation finie, elle me proposait d’aller boire un café dans sa maison qui regardait la mer. Il y avait-là un petit jardin suspendu, on parlait des fleurs, tout en buvant le liquide fumant. Quel bel endroit. Puis, m’en allant vers le rendez-vous suivant, je me remémorais les vins dégustés, de ceux qu’on n’oublie guère.
L’endroit
À deux pas du Fort de Brégançon (résidence présidentielle) s’étendent les deux terroirs du Château Malherbe. L’un respire les embruns, c’est la Pointe du Diable, du nom du lieu-dit au sol sableux fait d’alluvions anciennes parsemées d’éclats de quartz. L’autre s’accroche aux contreforts du cap Bénat aux sols rouges composés d’argiles et de schistes.
Château Malherbe rosé 2018 Côtes de Provence
Il a la couleur tendre de l’abricot, le nez aussi.
Sa petite robe mutine saumon pâle, comme il sied aux filles du soleil, se teinte de poivre, de fleurs, de thym et de pierres sèches. Ce parfum de garrigue se nuance d’agrumes et d’iode qui nous rappeler la proximité maritime. Soie voluptueuse, elle caresse la langue de ses saveurs citronnées et épicées, puis l’égratigne d’un trait minéral, la douceur de l’abricot vient calmer la tendre blessure…
Grenache, Rolle. Rosé de saignée avec une longue macération à froid de 24 à 36 heures. Élevage de 4 mois sur lies fines.
La preuve, avec cette Cuvée du Temple de Château Bas (Coteaux d’Aix), millésime… 2005, dégustée au début de ce mois.
La robe fait penser à la couleur de la confiture d’abricot. Quant au nez, il nous offre du cédrat et de la mandarine confits, de la rose et du jasmin. Mais aussi, de la gelée de pomme et de poire, une foule d’épices, de la pâte d’amande parfumée à la fleur d’oranger. Il y a de quoi rester accrocher longtemps avant d’y porter les lèvres!
En bouche, la fraîcheur fait d’emblée son entrée et met en condition le palais pour accueillir les arômes de rose et de poivre, puis les épices qui se distillent avec amabilité. Sa texture imperceptiblement ligneuse sert de support à la nuée d’agrumes, citron, de cédrat, kumquat et orange amère qui apportent fraîcheur et une très belle amertume soulignée d’anis et laurier.
Après 14 années, voilà un rosé qui a encore du répondant. Peut-être est-ce dû à son élevage en barriques de 2 à 3 vins. Et on dira « chapeau bas » pour cet excellent Château Bas rosé et plus particulièrement à Philippe Pouchin qui a vinifié ce rosé comme tous les vins du domaine jusqu’il y a peu (le voilà retraité).
Le rosé en Provence, ce n’est pas qu’une boisson de vacances, de barbecue. Voyez plutôt l’offre qui suit…
La fontaine du Château de Beaupré
Il faut oser le terme ‘haut de gamme’. C’est légitime ! Car en Provence, berceau et modèle du rosé, la tendre couleur se décline dans tout un camaïeu de tons, tout un éventail d’arômes, toute variation de textures… Quand on produit plus de 80% de rosés, il paraît évident qu’il n’en existe pas qu’un seul au tarif. Les Provençaux s’en sont faits une spécialité. Longtemps dénigré, considéré comme un ersatz, une amourette de vacance, il a aujourd’hui la cote. On l’imite, on le copie. Mais le pays des cigales possède quelques longueurs d’avance…
Derrière une offre de type technologique, conçue pour étancher la soif des vacanciers et les rayons des supermarchés, en cherchant bien, un peu partout, presque dans chaque cave, on trouve au moins une cuvée de prestige, un haut de gamme, et dans certains cas, des vins d’un raffinement extrême. C’est de ceux-là que je vais vous parler. A noter que l’expression haut-de-gamme ne fait pas référence à une fourchette de prix: le haut de gamme de l’un, ce peut être 10 euros, et celui d’un autre, plus de 30. J’ai donc raisonné autrement, en axant la sélection sur l’ambition du producteur lui-même, sur la fierté qu’il a mis dans la qualité de son vin.
Un réel bonheur
Je partais certes avec un a priori des plus positifs, car des cuvées de ce genre, cela fait déjà une vingtaine d’années que j’en ai découvert. Mais j’ai quand même dû mettre à jour mon disque dur: les hauts de gamme actuels dépassent de loin leurs prédécesseurs…
Ma quête commença par un domaine des Coteaux d’Aix, le Château de Beaupré où Phanette Double propose sa cuvée Collection qui existe dans les trois couleurs. Le rosé fut proposé en bouteille rouge, histoire de marquer le coup à l’époque, au début des années 2000. Avec l’arrivée de Phanette, en 2003, le regard sur le rosé a changé, « avant on ne prenait guère de soin dans l’élaboration du rosé, mais celui-ci demande un suivi constant, tout est important, la date optimale de la vendange, la température de vinification, … d’où l’idée de faire plusieurs rosés. Des rosés pour chaque moment et par conséquent un rosé de gastronomie. Je vinifie les Cabernet Sauvignon en barrique pour ajouter du volume, de la longueur et du gras, sans marquer le rosé » explique Phanette.
Rosé Collection 2017 Coteaux d’Aix Château de Beaupré à la robe saumon pâle avec une pointe de violet, le nez floral et fruité, la bouche suave, fraîche, à la fois légère et dense, à la fois aérienne et minérale, dont l’onctuosité distille avec élégance les chairs de framboise, de fraise et de groseille, un rien de poivre pour en aviver les parfums. Assemblage de 90% de Grenache, 5% de Syrah et 5% de Cabernet Sauvignon.
En
Coteaux Varois, au Domaine des Annibals, Nathalie Coquelle élabore chaque année
trois rosés, sauf en 2017 qui n’a vu embouteiller que son excellent Suivez-moi-jeune-homme.
Pas de Grands Annibals pour cause de
gel. Dommage, j’aurais aimé déguster cette explosion de fruits, ce vin ample et
onctueux, ce feu d’artifice d’arômes, un rosé qui pour Nathalie s’accorde avec
beaucoup de grâce avec une tarte au poire ou une mousse au chocolat, dixit
Nathalie.
Toutefois,
le Suivez-moi-jeune-homme 2017 Coteaux
Varois Domaine des Annibals à la robe veloutée comme un abricot, au nez de
melon et de framboise nuancés de fleur d’oranger, la bouche croquante de
fruits, au soutient minéral, rafraîchi d’un léger jus de citron vert, élégant,
… nous en dit long sur son grand frère.
Si la
cuvée haut de gamme attendue au Domaine Saint Serre, en Côtes de Provence
Sainte Victoire, est celle de l’Ermite, une surprise m’attend en franchissant
les portes de la cave, œufs, jarres et dolia y trônent. Après 3 années
d’essais, La Petite Folie est enfin prête pour le millésime 2017. Jacqueline Guichot Bertin qui a racheté
le domaine en 2006 et très engagée dans une agriculture écologique aime, comme
son Fabien son maître de chai, tenter de nouvelles expériences. La dernière est
une belle réussite et montre que le rosé se plie volontiers aux nouvelles
pistes.
La Petite Folie 2017 Côtes de Provence Sainte
Victoire Domaine Saint Ser
Saumon
pâle, il offre une douceur en bouche, celle des jus d’abricot et de pêche avec
de la mirabelle, épicés de poivre et de safran, avec la fraîcheur légèrement
amère de l’écorce de cédrat, un relief tannique à peine perceptible renforce sa
texture et son caractère. Fabien explique « la fermentation des Grenache et Cinsault, plus 10% de Sémillon, se fait
dans les trois contenants, puis le vin est soutiré, assemblé et réincorporé
pour 3 mois d’élevage. L’œuf apporte la précision, le dolium du gras, de la
corpulence et la jarre le lien entre les deux ». Quant à la Cuvée de l’Ermite, le 2015 dégusté
confirme que le rosé tient dans le temps, garde sa fraîcheur après 2 ou 3 ans
pour nous offrir une saveur accrue de fruits et d’épices.
Gilles Masson
du domaine éponyme en est à son deuxième millésime. Un rosé sympa et élégant
que ne saurait démentir le directeur du Centre du Rosé à Vidauban. Pour
l’instant, il n’y en a qu’un…
Rosé 2017 Domaine Gilles Masson Côtes de Provence
Pétale de
rose, croquant et délicatement frais aux arômes de rose, de groseille et de
framboise subtilement poivrée. L’onctuosité de la texture lui apporte charme et
confort de dégustation. Sa belle longueur nous dit qu’il sera toujours aussi
bon dans un an. La note florale en en finale ajoute au raffinement.
Assemblage
de 50% de Grenache, 30% de Syrah, et 10% de Cinsault et de Rolle.
« L’important c’est le choix du moment de
récolte avec un assemblage des vendanges, c’est la maturité qui pilote et pas
le cépage. Pas de macération parce que je préfère la fluidité à la structure »
et puis Gilles ajoute cette réflexion générale sur l’évolution des rosés depuis
quelques années, « le rosé a bien
évolué, il est aujourd’hui un vin qui a retrouvé sa gourmandise, ses petits
fruits délicats, sa fraîcheur d’agrumes. Bien entendu, il faut que tout soit
bien équilibré. Le vin, on doit avoir envie de le boire, il doit être
désaltérant, mais aussi construit avec certes un rien d’amylique qui ajoute
justement ce côté fruité et un rien de thiol qui nous donne l’impression de
fraîcheur sans l’acidité ».
Domaine de Jacourette 2017 Côtes de Provence
Sainte Victoire
Rose très
pâle, il a ce goût de citron de Menton confit, floral avec une nuance de
cédrat. Le confit donne au vin de la suavité, la note florale de l’élégance.
S’y ajoute des leurs d’amandier et de citronnier, de la camomille romaine.
Onctuosité et élégance est ce qui caractérise ce vin de belle gamme, un
plaisir.
Il
assemble Grenache et Syrah pour moitié chacun, qui macèrent 3 heures.
Barriques ?
Une nouvelle tendance, bien que le passage en barriques n’est pas nouveau en Provence pour le rosé, à l’exemple la Cuvée du Temple de Château Bas en Coteaux d’Aix, le rosé Mas Négrel de Cadenet ou encore le Cuvée Prestige Caroline du Clos Sibonne en Côtes de Provence, pour ne citer que les premiers qui me viennent à l’esprit. Mais ajoutons deux autres domaines qui étrennent leur cuvée ‘élevée en contenants bois’.
Tout d’abord le Château Roubine qui offre déjà une gamme de 6 rosés, certes pour chaque moment de l’été et pour le reste l’année aussi, dont le haut de gamme se nomme Inspire. Inspire 2017 Cru Classé Côtes de Provence d’un rose un rien plus soutenu que les autres cuvées, au nez de confitures de fraise et de framboise, une bouche pleine de fruits confits parfumés de lavande, de la rondeur, la fraîcheur des agrumes sans agressivité aucune, un peu de fumé, caractéristique du cépage Tibouren qui compose la cuvée à 90%, en macération pré-fermentaire de 48h et un passage en bois pour 15% du volume. Mais il y a Lion et Dragon, deuxième édition millésime 2017 qui se compose de Mourvèdre, de Tibouren et d’un peu de Rolle, logé pendant 7 mois pour moitié en foudre et l’autre partie en barriques chêne et 2 en acacias. Lion et Dragon 2017 saumon carminé, gelée d’abricot et chair de melon teintées de Cayenne, puis viennent les impressions iodée et fumée, la bouche démarre sur les épices comme le cumin et le poivre de Sichuan qui soulignent la prune sombre et la cerise, le tout baigné d’onctuosité, ample et sans conteste au potentiel de vieillissement assuré. Un rosé de gastronomie !
À
La-Londe-les-Maures, Figuière suit
la même démarche, après une belle poignée de rosés dont l’excellente cuvée Confidentielle,
dégustée en mini verticale
Confidentielle 2017 Côtes de Provence Figuière
Saumon pâle, très élégant, minéral au nez avec son éclat de pierres à feu, une bouche iodée, un rien salée, épicée de fenugrec et de genévrier avant de révéler son fruité, abricot velouté, pêche savoureuse, cerise croquante, mais le plus remarquable, c’est la texture, onctueuse et fraîche.
Confidentielle 2016 Côtes de Provence Figuière
Saumon
pâle au léger doré, abricot et orange sanguine, on retrouve le silex. Une année
de plus lui apporte un regain d’onctuosité sans aucune lourdeur, une ampleur plus
importante qui envahit avec son cortège de fruit tout l’espace palatin, c’est
somptueux.
Une robe
presque blanche, une superbe bouche, très fondue avec la sucrosité du fruit, sa
fraîcheur aussi, la saveur délicate de la mandarine, une impression aérienne, à
boire encore pendant longtemps. Cinsault, Grenache et 10% de Mourvèdre
Arrive le
nouveau-né Absolu qui passe 6 mois en barriques neuves et de 2 à 3 vins.
Absolu 2017 (premier millésime) Côtes de Provence Figuière
Saumon à
reflets dorés, un nez grillé qui rappelle le moka à la cardamome, en bouche on
ressent l’influence du logement sans le goûter, il apporte une texture
légèrement ligneuse qui renforce sa structure. La fraîcheur évoque le jus de melon
à le menthe fraîche, renforcée encore par un trait de quinquina. Un rien de sel
et d’iode termine l’exercice gustatif de ce rosé. Certes bien équilibré, il
faut attendre une ou deux années pour qu’il s’harmonise et offre à nos papilles
tout son potentiel.
Sous le nom de Rosautoctono, 6 appellations italiennes ont créé une structure commune pour la promotion de leurs rosés – il s’agit du Cirò (Calabre), du Salice Salentino (Pouilles), du Castel del Monte (Pouilles également), du Cerasuolo d’Abruzzo (Abruzzes), du Bardolino Chiaretto (Vénétie) et du Valtènesi Chiaretto (Lombardie).
Leur objectif: développer la part de marché du rosé en Italie (où elle ne représente que 10% des ventes) et hors d’Italie.
Et ce, sous toutes ses teintes, plus ou moins pâles. D’où le nom complet du groupement: Instituto del Vino Rosa. Rosa, et non « rosato »; car le rosato (notre rosé, selon la traduction littérale) n’est qu’une des nuances que les Italiens attribuent à la couleur rosée; ils en distinguent en effet le chiaretto (très pâle) et le cerasuolo (notre clairet, plus ou moins).
Sous la plume de Rachelle Lemoine, voici quelques semaines, Le Parisien faisait paraître une alléchante sélection de vins d’été à petits prix, et notamment de rosés.
Malheureusement, le quotidien de la ville la plus cosmopolite de France… a oublié les vins étrangers.
Je me permets donc de compléter cette sélection avec quelques suggestions de mon cru, toujours parmi les vins les plus accessibles…
Vous pouvez compléter vous-mêmes, si vous avez eu l’occasion de déguster des vins de cette tendre couleur au cours de vos voyages à l’étranger, ou bien au restaurant.
Pour moi, c’est un peu de la déformation professionnelle. Primo, je suis juré au Concours Mondial du Rosé, à Cannes. Secundo, je suis pour la libre circulation des vins. Nous autres Français vendons assez de rosés par delà nos frontières pour avoir le droit (et l’envie) de goûter ceux de nos voisins, c’est-ce pas?
Interdite en France, sauf pour le Champagne qui a tous les droits, l’élaboration de rosé par assemblage de vins rouges et de vins blancs est tout à fait licite dans bon nombre d’autres pays. Et ne croyez pas que la qualité en pâtisse, c’est tout simplement une autre façon de faire. Et je le prouve avec ce vin sud-africain qui assemble deux cépages bien connus de nos amis bourguignons, le Chardonnay et le Pinot Noir.
Chardonnay-pinot Noir Spier Signature 2018
La robe saumon à l’écaille doré semble étinceler de mille feux. Le nez respire la groseille et la guimauve, le melon et la lavande, les deux duos teintés d’une touche d’iode. La bouche apparaît fraîche et légèrement douce à la texture onctueuse. Fraîcheur de menthe et de citron, de rhubarbe et de sauge. Douceur non sucrée qui évoque les fruits confits et les gelées de rose, ils apportent un très agréable confort buccal dont se réjouissent les papilles. Puis, il y a encore ce croquant qui emporte les suffrages. Voilà un rosé qui n’a rien à envier aux belles productions méditerranéennes.
Fondée en 1692, le domaine Spier est une des plus anciennes fermes d’Afrique du Sud; elle occupe 600 hectares, dont 65 de vignes, tout près de la petite capitale du vin sud-africain, Stellenbosch.
Le Chardonnay et le Pinot Noir de cette cuvée poussent à quelques encablures de l’océan et sont vendangés à la main, tôt le matin, en caissettes de 10 Kg et refroidis avant pressurage. La fermentation en cuve inox se passe sous une température de 12 à 14°C. Les vins sont élevés 3 mois sur lies avant d’être assemblés et mis en bouteille.