
Me voici tout juste arrivé au Chili, et plus précisément, dans la Vallée de Colchagua, au Sud de Santiago, pour une semaine de découvertes parmi les membres du groupement Colchagua Singular. Cette association réunit douze petits producteurs qui ont eu la bonne idée d’appliquer le vieil adage « l’Union fait la force » (et la diversité aussi).
Première visite, chez Maturana, et premières bonnes pioches – des vins d’auteur, qu’ils soient issus du Sémillon, du Carménère ou de la Syrah, qu’ils soient blancs, rouges ou rosés, comme ce Rosado de Syrah 2018, qui prouve à nouveau que la teinte ne fait pas le vin. Car il a tout du clairet. Au fil des années, notre dynamique Centre du Rosé ne fait que rajouter des fiches dans son nuancier, vers le bas de la gamme, au point que le nacre clair nous paraîtra bientôt foncé – mais pour ce vin là, il faudrait presque penser à en ajouter une vers le haut, à côté du grenat. Mais qu’importe la robe quand le vin est versé…

Quand je parle de Syrah, précisons que la cuvée comprend 10% de Sémillon (pas sûr qu’il y ait beaucoup de vignerons en France qui pratiquent cet assemblage).
Cet attelage rhodano-bordelais a cependant trouvé en Colchagua un bon terrain de jeu. Et lui rend justice: le Chili est le pays des frutillas (les fraises, découvertes dans ce pays au 16ème siècle), et sans hésiter, ce rosado nous en offre un plein panier – mais aussi, des groseilles, des mûres et du cassis au nez; des petits fruits qui ne s’estompent pas en bouche, mais s’y ornent d’agrumes; une bouche où les tannins (adoucis par 4 mois de barrique), la gourmandise du fruit et la vivacité de l’acidité jouent à cache cache; tantôt l’un, tantôt l’autre prend le dessus, le tout finissant dans une gerbe de violettes.

Pour son 9ème millésime, José Ignacio Maturana a réussi là un rosé plein d’éclat, qui ne le cède en rien aux autres vins de sa très belle gamme, y compris son superbe MW (sa grande cuvée de rouge de Carménère) – mais c’est une autre histoire.
Pour Monsieur Rosé, Hervé Lalau